LE DROIT DES SENIORS ET DES AIDANTS

Le vieillissement de la population pose le problème de l’accompagnement de la personne fragilisée par une maladie invalidante, de longue durée (Alzheimer, Parkinson). Les proches- conjoint, enfants, sont les premiers concernés par la charge matérielle et morale de leurs anciens.

 

Le Droit protège les personnes fragilisées (I). Le travail des aidants  est désormais reconnu et les récentes  mesures sociales instituées reconnaissent son action économique essentielle dans le traitement du vieillissement en attendant un véritable statut de l’aidant  (II).

 

 

I-  PROTECTION DE LA PERSONNE FRAGILE (ALZHEIMER, MALADIE, HANDICAP)

 

-I-1.  Protection juridique : mandat de protection future,  curatelle, tutelle.

 

Ces procédures sont engagées devant le Juge des tutelles du Tribunal d’instance  du domicile de la personne à protéger. A Paris, les tribunaux d’Instance d’arrondissement sont supprimés. Il convient désormais de s’adresser au Tribunal d’Instance de Paris :

Les vingt tribunaux d'instance parisiens  ont quitté les mairies d'arrondissement pour s’installer dans les locaux, modernes et fonctionnels du tribunal de Paris, dans le 17ème arrondissement de la capitale, au cœur de l’éco-quartier de la ZAC des Batignolles.

Ils se  sont regroupés depuis le  14 mai 2018 au sein du seul tribunal d’instance de Paris, désormais compétent sur l'ensemble des arrondissements de la ville de Paris

Le site Tribunal d’Instance  de Paris donne toutes les informations pratiques : formulaires, fiches pratiques : www.tribunal-de-paris.justice.fr.

 

Parvis du Tribunal de Paris

75017 Paris

Tel : 01 44 32 51 51

 

 

I-1 : Le mandat de protection future : Articles 487 à 494 du Code Civil

 

 Toute personne majeure  dotée de la capacité juridique peut désigner à l'avance une ou plusieurs personnes (mandataire) pour la représenter. Le jour où le mandant ne sera plus en état, physique ou mental, de pourvoir seul à ses intérêts, le mandataire pourra protéger les intérêts personnels et/ou patrimoniaux du mandant. Les parents peuvent aussi utiliser le mandat pour leur enfant souffrant de maladie ou de handicap. 

 

 Le mandat ne fait perdre ni droits ni capacité juridique au mandant. Il permet au mandataire d'agir à la place et au nom des intérêts du mandant.

Le mandat peut être rémunéré.

Le mandat peut être fait par un Avocat ou par un  notaire. Un mandat notarié permet de faire des actes de disposition (vente de biens immobiliers).

Le mandat prend fin sur décision du Juge des tutelles saisi par le mandant ou le mandataire ou sur recours. Et dès la mise en place d’une mesure de  curatelle ou de tutelle.

Toutes les informations sont disponibles sur le service public.fr ou le site du Tribunal d’Instance (rubrique famille).

 

I-2. La curatelle et la tutelle : Articles 425 à 472 du Code Civil

 

I-2-1. La curatelle est la mesure la plus pratiquée.

 

La mise en œuvre de la procédure est subordonnée à l’établissement du rapport d’un médecin spécialisé inscrit sur la liste départementale du Procureur de la République  qui après un examen de la personne sur ses facultés intellectuelles conclut à une mesure de curatelle.

 

La curatelle permet de protéger le patrimoine de la personne en état de faiblesse  en limitant sa capacité juridique. Le Juge désigne un curateur- choisi parmi les proches de la personne ou un administrateur judiciaire à la protection des majeurs ou une association  qui auront mandat pour faire les actes de gestion. La curatelle a une durée de cinq ans renouvelable.

 La curatelle est simple ou « renforcée « »: le Juge donne la liste des actes interdits à la personne qui ne dispose plus librement de ses revenus. Un compte en banque spécial est ouvert et géré par le curateur qui règle les factures..

Chaque année, le curateur établit le compte de gestion et l’adresse au Juge.

La personne sous curatelle a le droit de vote. Elle peut faire un testament.

 

I-2-2. La tutelle suppose un patrimoine complexe (entreprise) à gérer. Un tuteur, Subrogé-tuteur, un Conseil de famille sont désignés.

 

I-3. MESURES COMPLEMENTAIRES POUR SECURISER LA PERSONNE : LE TESTAMENT-  AUTRES DISPOSITIONS EN CAS D’ACCIDENT CORPOREL ET DE DECES : PERSONNE A CONTACTER- PROLONGATION DE SOINS- DON D’ORGANES

 

 

 

I-3-1 .LE TESTAMENT (Articles 893 à 901 du Code Civil)

 

Rédiger son testament est conseillé si la personne a un patrimoine et une famille.

Le conseil d’un notaire est conseillé. Ces conseils sont gratuits. Le notaire ne prend d’émoluments que pour la rédaction des actes.

En France le testament est olographe. Il doit être écrit à la main, daté et signé. Pour être bien clair il est prudent de commencer par la formule : »Ceci est mon testament ».

Il est possible d’établir plusieurs testaments. C’est le dernier testament  qui est pris en considération.

Il est  recommandé de le faire enregistrer par un notaire au fichier central des dispositions des dernières volontés (FCDDV). Le coût est de 26,92 €.

Le testament peut aussi être notarié. Il est dicté devant deux notaires. Ou un notaire et deux témoins, signé après lecture. Le coût est de 115, 39 €.

 (www.service-public.fr/ particuliers/vos droits. F770)

 

 La Chambre des notaires à Paris : https://www.notaires.fr/.../chambre-interdepartementale-notaire-paris-seine-saint-denis.

Chambre interdépartementale des notaires de Paris.

12 avenue Victoria

75001 - PARIS.

Téléphone. : 01.44.82.24.00. 

 

 

 

I-3-2 : AUTRES DISPOSITIONS PATRIMONIALES POSSIBLES : LA TRANSMISSION DE LA NUE-PROPRIETE AUX ENFANTS, L’ASSURANCE-VIE

 

Organiser de son vivant le transfert d’une partie de son patrimoine avec optimisation fiscale est une préoccupation. La donation de l’usufruit aux enfants de biens immobiliers, l’assurance-vie avant 70 ans sont les plus  courantes. Il est prudent de se faire conseiller par un notaire ou un professionnel de l’immobilier ou de l’assurance pour avoir une analyse de la situation  patrimoniale de la personne.

 

 

I-3-3. PERSONNES A CONTACTER EN CAS DE PROBLEME

 

Il est recommandé d’avoir sur soi des consignes en cas d’accident. Personne à prévenir, comportant le téléphone à appeler. Ce qui est utile si la personne se perd.

Des informations médicales : groupe sanguin, allergies, sont à ajouter.

 

I-3-4. MESURES MEDICALES : PROLONGATION DES SOINS. CONSIGNES EN CAS DE DOULEUR

 

Il est prudent d’avoir sur soi une liste écrite des mesures souhaitées ou refusées en cas d’incapacité physique pour s’exprimer : coma. Refuser un acharnement médical, refuser la douleur prolongée sans espoir de rémission.  Funérailles (enterrement, incinération-) Ces consignes écrites éviteront des situations litigieuses.

 

 

I-3-5.  : DON D’ORGANES

 

Il existe un registre national des refus pour enregistrer le refus de donner ses organes en cas d’imminence de décès. Cette déclaration se fait sur internet sur le site ou par courrier :

Agence de la biomédecine Registre national des refus

1 avenue du Stade de France

93212 SAINT-DENIS LA PLAINE CEDEX

 

 Cette décision peut être modifiée.

A défaut de déclaration d’intention, les organes seront prélevés. Présomption d’accord de la personne.

 

Index

 

-Ordre des Avocats  du Barreau de Paris

11 place Dauphine

75 053 PARIS cedex

 www.avocatparis.org

 

- Chambre interdépartementale des notaires de Paris.

12 avenue Victoria

 75001 - PARIS.

Téléphone. : 01.44.82.24.00. 

www.notaires.fr

 

- Tribunal d’Instance de Paris

Parvis du Tribunal de Paris

 75017 Paris

Tel : 01 44 32 51 51

 www.tribunal-de-paris.justice.fr.

 

I-4- LES POLICES D’ASSURANCES

I-4-1 : L’assurance dépendance

En souscrivant à partir de 70 ans- jusqu’à 77 ans- une police d’assurance dépendance, la personne devenue dépendante au sens de l’impossibilité de faire des actes de la vie quotidienne (marcher, faire sa toilette, se nourrir) pourra recevoir soit un capital soit une rente, en fonction du capital épargné par elle. Moyennant un délai de souscription de trois ans, en principe, et après un délai de carence de trois mois.

Ces contrats doivent être bien étudiés car les sommes versées sont définitivement acquises à l’assureur. Or, l’aide d’une assistante de vie et/ou d’une aide soignante et/ou d’une infirmière, soins  remboursés par l’assurance maladie  pallient à la dépendance en grande partie.

 

 

I-4-2. Le contrat obsèques

 Il prévoit de verser un montant choisi par le souscripteur, 3.000, 5000 € pour les frais funéraires. C’est une police qui peut éviter à la succession d’avoir à financer ces frais. L’adhésion est possible jusqu’à 84 ans.

La réserve sur ces contrats est qu’il n’est pas possible de recouvrer les versements. Un délai de carence de un an  - moyenne- est prévu.

Il est possible de s’adresser à :

Fédération Française de  l’Assurance

26 Boulevard Haussmann

75009 Paris

www.ffa-assurance.fr

 

II- MESURES POUR LES AIDANTS

 

DEFINITION : Article L113-1-3 du Code de l’action sociale et des familles

Est considéré comme proche aidant d'une personne âgée son conjoint, le partenaire avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité ou son concubin, un parent ou un allié, définis comme aidants familiaux, ou une personne résidant avec elle ou entretenant avec elle des liens étroits et stables, qui lui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne.

 

Selon un rapport de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale du 24 janvier 2018 : En 2008, le  nombre  des aidants était estimé à 8,3 millions, dont la moitié est composée de personnes âgées. Ce qui représenterait un travail non valorisé de 12 à 16 milliards d’euros. En dix ans, le chiffre a du augmenté.53 % sont des femmes, 57 % sont des conjoints, 17 % sont des membres de la famille.

II-1. AIDES FINANCIERES : VERS UNE RECONNAISSANCE SOCIALE DU TRAVAIL DES PERSONNES AIDANTES :

 

II-1.1.  Droit à un congé rémunéré

 

 Une  proposition de loi pour une reconnaissance sociale des aidants a été enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 24 janvier 2018, pour donner un statut social à l’aidant. Le montant à définir par décret serait  être identique à celui de l’allocation journalière de présence parentale (AJPP),  soit 43,14 euros par jour.

 

 

II-1-2. Don des RTT  à l’aidant : Loi  n°2018-84 du 18 février 2018

Les salariés d’une entreprise peuvent donner leurs RTT à un collègue, aidant d’une personne handicapée : Le Code du Travail a été modifié dans ce sens.

Art. L. 3142-25-1.-Un salarié peut, sur sa demande et en accord avec son employeur, renoncer anonymement et sans contrepartie à tout ou partie de ses jours de repos non pris, qu'ils aient été ou non affectés sur un compte épargne-temps, au bénéfice d'un autre salarié de l'entreprise qui vient en aide à une personne atteinte d'une perte d'autonomie d'une particulière gravité ou présentant un handicap lorsque cette personne est, pour cet autre salarié, l'une de celles mentionnées aux 1° à 9° de l'article L. 3142-16. 


« Le congé annuel ne peut être cédé que pour sa durée excédant vingt-quatre jours ouvrables. 
« Le salarié bénéficiant d'un ou de plusieurs jours cédés en application du premier alinéa du présent article bénéficie du maintien de sa rémunération pendant sa période d'absence. Cette période d'absence est assimilée à une période de travail effectif pour la détermination des droits que le salarié tient de son ancienneté. Le salarié conserve le bénéfice de tous les avantages qu'il avait acquis avant le début de sa période d'absence.

En attendant un  statut social  complet de l’aidant.

II-2.  L’AIDE AU REPIT

 

 Loi n°2015-1776 d’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015, (JO du 29 décembre 2015.)

 

II-2-1. L’aidant supporte la charge de la personne fragile. Il a besoin d’un soutien psychologique pour  lui faire accepter la situation et le renforcer dans sa tâche  permanente- jour et nuit-.

Sans jour de congé et sans vacances. Cette vie épuisante nécessite un soutien moral.

Le médecin est souvent celui qui connaît la famille et est le confident.

La Loi rappelle l’importance du rôle des aidants et leurs besoins. « La majorité́ des personnes âgées en perte d’autonomie bénéficient d’une aide de leur entourage, souvent celle d’un parent. En effet, la moitié d’entre eux sont les enfants de la personne âgée et un tiers sont leur conjoint. Cette aide s’avère essentielle à la possibilité́ de demeurer à domicile.

En 2008, 4,3 millions de personnes aident régulièrement au moins un de leurs proches âgé́ de 60 ans ou plus à domicileLes aidants salariés, dans le cadre de l’APA, sont dans 88% des cas des femmes. « 

La loi reconnait et consacre plus fortement le rôle des aidants. Cette action s’articule autour de trois axes :

·      reconnaitre un droit au répit pour les aidants dans le cadre de l’APA,

·      conforter et élargir les dispositifs de formation et d’accompagnement

·       aider à concilier vie professionnelle et rôle d’aidant.

Par exemple, l’augmentation de 400 euros du plafond d’aide en GIR 1 permettra de financer l’accès en accueil de jour pour une à deux journées par semaine, en plus des heures d’aide à domicile déjà̀ prévues par le plan d’aide.

Il peut s’agir d’heures d’aide à domicile supplémentaires, voire d’une présence continue, mais également d’un accueil de jour ou d’un hébergement temporaire.

Ce « droit de tirage » constitue une enveloppe d’aide par année et par aidé. D’un montant qui peut aller jusqu’à 500 euros annuels, il permet par exemple de financer une semaine d’hébergement temporaire (pour un tarif journalier moyen de l’ordre de 65 euros) pour permettre à l’aidant de partir en vacances. Il peut aussi être utilisé pour financer l’équivalent de 15 jours en accueil de jour (pour un tarif journalier moyen de l’ordre de 30 euros), qui peuvent être ou non répartis dans l’année pour permettre à l’aidant de bénéficier de journées de répit. Il peut encore être utilisé pour renforcer temporairement l’aide à domicile (environ 25 heures supplémentaires, à répartir en fonction des besoins) pour permettre à la personne aidée de rester à domicile pendant que son aidant fait une « pause ».      www.solidarites-sante-gouv.fr.

II-2- 2. Repos de l’aidant

 

La Maison des Ainés et des  Aidants – M2A : Une plate forme située 48 rue St André des Arts  à Paris accueille les personnes fragiles qui se reposent  permettant à l’aidant de vaquer à ses occupations.

 

 

Le site www.lamaisondesaidants.com  regroupe des informations sur les droits et les offres d’aides pour les aidants. et des aides personnelles : formation, droit au répit- hôpital de jour-vacances  aidants/ aidés, groupes de paroles,  

 

 

 

Des Villages Vacances Répit Familles accueillent l’aidant et l’aidé. www.vrf.fr

 

 

 

 

 

 

REVOIR SON OU SES ENFANTS DIX ANS APRES UNE RUPTURE :

 

 

L’IMPORTANCE DE LA MEDIATION FAMILIALE

 

Les écueils à éviter, Le processus conseillé

 

 

 

I-              LA SITUATION : DEMANDE A UN MEDIATEUR DE REPRENDRE CONTACT APRES UNE SEPARATION DE DIX ANS ET PLUS

 

 

Venant  de recevoir la  demande d’un père de revoir ses deux enfants après une séparation de vie de plus de dix ans-le père était parti à l’étranger dans les Dom-Tom et venait de rentrer dans la métropole, et devant cette situation – différente des problèmes de séparation classiques à  traiter au moment de la rupture je crois nécessaire de récapituler à partir des médiations  que j’ai traitées, ce qui a  réussi et ce qui a échoué et d’ analyser les raisons de ces échecs, afin de retenir celles qui ont  été positives  et de définir  une méthodologie  pour ce genre de  médiations.

 

Les séparations de longue durée  entre un parent et son ou ses enfants ne sont pas rares.

 

Les circonstances de la naissance, particulières, sont  souvent la raison de l’inexistence de la relation paternelle. Personnellement, je n’ai connu en médiation  que des séparations initiées par le père, la mère laissée, abandonnée,  étant  souvent enceinte.

 

Il y a  aussi des naissances « imposées » par la mère, le père « piégé » s’étant éloigné et la mère n’ayant pas cherché volontairement le géniteur. Enfant déclaré au seul nom de la mère.

 

Et il y a aussi des ruptures dues au divorce où la mère s’est éloignée du père intentionnellement, créant un syndrome d’aliénation parentale à son encontre, et privant le père de relation avec ses enfants , convaincus de la faute du père et le rejetant avec violence.

Situation pouvant perdurer jusqu’à la majorité de l’enfant et au-delà.

Les tentatives de rapprochement sont  très difficiles.

 

Mais, qui sinon le médiateur, a le courage de rechercher le fil de la parentalité, enfoui au fond de sombres sédiments du passé ?

Si la tâche est ardue, elle n’en est que plus belle.

 

Cette  recherche se prend différemment selon que l’enfant est encore mineur, en général un adolescent de  12 ans ou plus. (II). Et  quand il est un adulte, ayant parfois formé une famille (III).

  

 

II-            REPRENDRE CONTACT  AU BOUT DE DIX ANS D’ABSENCE QUAND L’ENFANT EST ENCORE MINEUR

  

1°) La situation d’abandon par le père 

 

Comme rappelé supra, les demandes de pères partis avant la naissance du bébé sont relativement courantes.

 

Le médiateur doit procéder avec circonspection en interrogeant le père, ses motivations, pourquoi avoir fui, pourquoi vouloir reprendre contact, pourquoi ce besoin de paternité ?

Et lui faire comprendre que la preuve d’un investissement paternel passe par une contribution financière, première marque de reconnaissance du père et de la mère.

 

Les situations sont  plurielles : la relation adultère est souvent la cause, situation où le géniteur a refusé de prendre ses responsabilités. Mais la fuite peut être aussi personnelle, due à un refus de paternité, un sentiment de trahison à l’encontre de la mère qui lui a fait un enfant « dans le dos ».

 

Le sexe de l’enfant peut être une raison d’éloignement. Un géniteur de nationalité turque, ayant deux garçons de son épouse légitime et qui renie t jusqu’à l’effacer de sa vie, la petite fille née de sa concubine.

 

La couleur des yeux du bébé : le bébé n’a pas les yeux bleus du père.

 

Dans cette situation d’abandon, il faut présumer l’importance du traumatisme subi par l’enfant et la mère.

 

Il appartient au médiateur, une fois vérifié l’intention sincère du père et avoir obtenu de lui, un projet de paternité solide  sur une longue période, présent et à venir, de contacter la mère tout d’abord.

 

Il lui expliquera le retour du père repentant et son désir de devenir un vrai père, de créer une relation forte avec l’enfant et de l’intégrer  dans la famille créée par lui.

Le médiateur s’attend à être mal reçu. Revivre le passé douloureux pour une mère laissée  seule  vivre sa grossesse et son accouchement, sans aucun soutien financier représente une épreuve pour la mère et aussi pour le médiateur qui reçoit les reproches et invectives à la place du père.

Mais, c’est cela la médiation : faire parler, entendre, écouter, montrer que l’on compatit…mais qu’il faut dépasser ce stade, aller de l’avant dans l’intérêt de l’enfant qui aura un père et de la mère qui aura un soutien financier.

 

Si la médiation se poursuit par une deuxième séance avec la mère, la situation s’améliore.

 

Il faut deux, trois séances ou plu quelquefois pour que la mère ait évacué – pour combien de temps ???- son ressentiment.

 

Le père est tenu informé.

 

Le médiateur organise une ou deux séances avec les parents pour qu’ils s’expliquent. Des séances souvent difficiles pour les participants.

Le médiateur ramène à la raison les antagonistes. Ils sont là pour l’enfant, non pour faire leurs comptes.

En général, les parents se calment et après avoir actualisé leur situation, conviennent de faire venir l’enfant.

 

Le médiateur prend soin d’obtenir l’accord de la mère pour entendre l’enfant avec la mère. L’audition avec l’enfant tout seul est trop incertaine. Il faut du temps au temps.

L’enfant est déjà grand, mûr, une maturité meurtrie, un « écorché vif » sur la question de son père. Parfois  brutal.

 

Le médiateur doit être patient, comprendre, se mettre à la place de cet enfant qui a entendu sa mère se plaindre et qui n’est donc pas prêt à voir son père.

Avec le concours de la mère, l’accord de l’enfant peut être obtenu : Le voir, rien qu’une fois pour commencer, ensuite tu verras.

 

Les réunions avec l’enfant sont tendues. Le médiateur doit créer du lien.

La difficulté réside dans le désir de l’enfant d’entendre le père faire acte de contrition, de regret de n’avoir pas été présent.

 

Mais,  l’intention du père est  de ne pas en parler. Il n’a pas à se justifier devant un enfant, son enfant. Déjà la mère, c’est pénible. Y ajouter l’enfant, c’est un rabaissement intolérable .

 Le médiateur doit avoir pris soin de lui  faire la leçon : Sans s’excuser, le père peut regretter les circonstances passées, l’homme qu’il était alors, celui qu’il est à présent.

 

Bien sur, ne pas se décharger sur la mère.

Et s’intéresser à l’enfant, comment vit-il, ce qu’il veut faire… Et l’encourager ou l’aider dans son orientation scolaire notamment.

 

Lui dire qu’il aimerait le voir mais qu’il ne le forcera pas. Qu’il saura attendre. Lui dire que l’enfant est dans son cœur et qu’il l’aime même si cela lui paraît difficile à croire.

 

L’enfant ne peut pas être insensible à de si belles déclarations. Ni la mère.

 

La relation peut reprendre. Tout a été dit simplement  sans punition, sans honte.

Seul l’avenir compte.

 

Un accord peut se faire.

 

2°) Les échecs

 

Les échecs dans ce type de séparation tiennent à la non réalisation d’une approche progressive et à l’attitude du père ou de la mère.

Campés dans leur amertume, leur colère, ils n’avancent pas, ils ne s’expliquent pas. L’enfant doit accepter la nouvelle situation ainsi que la mère.

La mère refuse farouchement toute entrevue ainsi que l’enfant.

Le père refuse de s’auto flageller.

Sans pardon (par don) la situation est bloquée.

 

Plus la situation est figée, plus il faut décortiquer le travail de reconstruction, pouce par pouce. Avec de la patience, la colère peut laisser la place à une ouverture vers la pacification. Il faut le faire comprendre au père.

 

 

 

III - REPRENDRE CONTACT  APRES DIX ANS D’ABSENCE ET PLUS QUAND L’ENFANT EST UN ADULTE 

 

a) Les situations qui ont séparé les parents

 

Le père a été piégé au moment de la séparation. La mère est partie pour diverses raisons : elle a trouvé quelqu’un- le plus courant- le couple ne s’entend plus.

Les enfants mineurs vont partir avec elle.

Le syndrome d’aliénation parentale  (SAP) peut s’instaurer  de la part de la mère qui pour se déculpabiliser, va  charger le  père de toutes les fautes.

Une fois implanté, le syndrome d’aliénation parentale est très difficile à supprimer. Toutes les tentatives du père seront vouées à l’échec. Souvent découragé, le père a abandonné.

 

Il a laissé du temps au temps. A refait sa vie. Pour des raisons inhérentes à sa situation personnelle- nouvelle séparation, changement de vie, retour au pays, maladie grave- le père veut renouer avec l’enfant  ou les enfants qui l’avaient rejeté.

 

Une médiation s’impose.

 

La  priorité est de faire accepter la médiation et le médiateur va s’efforcer de montrer l’importance d’une réconciliation familiale  tant pour le jeune adulte que pour ses enfants s’il en a.

 

Et de présenter le père comme une victime d’une séparation éprouvante. Ce qui est vrai en général. Travail à faire sur l’enfant devenu adulte souvent laborieux. Car  c’est lui qui estimera être la victime de la séparation. Le travail du médiateur sera de lui faire voir de l’autre côté comment le père a vécu la rupture. Regard sur l’autre et non plus sur soi.

 

Si ce stade de compréhension est atteint, la réunion entre les protagonistes est possible, pas avant.

 

La médiation avec le père et le fils ou la fille est un choc après tant d’années. Il faut marcher « sur des œufs » et le médiateur aura la prudence d’avoir un rôle principal au cours des premières séances car la relation est fragile.

 

Le temps n’efface pas toutes les plaies.

 

Mais, les retrouvailles sont sources d’émotions fortes et une relation grand-parentale peut se créer.

Le père n’aura pas vu son fils ou sa fille grandir mais il pourra être un grand-père modèle.

 

b) Les échecs

 

Si le fils ou la fille refuse de reconsidérer la situation, reste figé dans son passé douloureux, il n’y aura pas de lien renoué.

D’autres situations sont décevantes : Une conversation, fausse et une promesse de se voir, mais … aucune joie dans les retrouvailles.

Voyant cela, le père sera dépité et triste. Mais, il devait s’y attendre.

Le traumatisme est difficile à surmonter. Cela étant, revoir son enfant vaut la peine d’essayer et de ne pas renoncer.

 

CONCLUSION

 

La médiation permet de reconstruire sur toutes les séparations  et cela vaut la peine.

 

Francine SUMMA

Médiatrice familiale

Le 2 mai 2016

La médiation pour vivre ensemble 

 L’Harmattan