GPA: Bilan après les Arrêts de la Cour de Cassation du 5 juillet 2017

Par quatre Arrêts du 5 juillet 2017, la 1ère Chambre de la Cour de Cassation précise sa position sur la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger. Persistant dans son refus de reconnaître la filiation maternelle  déclarée sur l’acte d’état civil  des enfants nés par une mère porteuse ,  (1) la filiation paternelle est reconnue et permet l’adoption de l’enfant par le conjoint, fut-il un marié à un  homme  par un mariage légalement reconnu en France. (2).

 

Ces décisions emporteront-elles l’aval de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui a toujours condamné la France au nom du respect de la vie familiale de l’enfant ? (3)

 

 

1-LES ARRETS

 

1-1 Arrêt 824 : GPA en Californie : la paternité est reconnue, la maternité est rejetée au motif que la mère déclarée n’a pas accouché. La Cour justifie sa position à l’égard de la mère déclarée pourtant par jugement californien avec le consentement de la mère porteuse comme étant une protection pour l’enfant et la mère afin de décourager la pratique de la gestation pour autrui :

« le refus de transcription de la filiation maternelle d’intention, lorsque l’enfant est né à l’étranger à l’issue d’une convention de gestation pour autrui, résulte de la loi et poursuit un but légitime en ce qu’il tend à la protection de l’enfant et de la mère porteuse et vise à décourager cette pratique, prohibée par les articles 16-7 et 16-9 du code civil ; »

« Attendu que ce refus de transcription ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale des enfants, au regard du but légitime poursuivi ; « 

La Cour déclare que la vie familiale des deux enfants nés de parents français n est pas perturbée . Quils ont un certificat de nationalité française et peuvent être adoptés par lépouse de leur père.

La paternité du père nest pas mise en cause  malgré l(absence de preuve biologique :

Vu l’article 47 du code civil, ensemble l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Attendu que, pour refuser la transcription des actes de naissance étrangers en ce qu’ils désignent M. X... en qualité de père, l’arrêt retient qu’en l’absence de certificat médical délivré dans le pays de naissance attestant de la filiation biologique paternelle, d’expertise biologique judiciaire et d’éléments médicaux sur la fécondation artificielle pratiquée, la décision rendue le 17 septembre 2010 par une juridiction californienne le déclarant parent légal des enfants à naître, est insuffisante à démontrer qu’il est le père biologique ;

Qu’en statuant ainsi, alors, d’une part, que la transcription des actes de naissance sur les registres de l’état civil français n’était pas subordonnée à une expertise judiciaire, d’autre part, qu’elle constatait que le jugement californien énonçait que le patrimoine génétique de M. X... avait été utilisé, sans relever l’existence d’éléments de preuve contraire, de sorte que ce jugement avait, à cet égard, un effet de fait et que la désignation de M. X... dans les actes comme père des enfants était conforme à la réalité, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

1-2 : Arrêt 825 : GPA à Kiev: Même décision : la paternité est reconnue , pas la maternité au nom des mêmes principes de ce que la mère déclarée sur l’acte de naissance  n’a pas accouché. Le lien de filiation paternelle n’est pas remis en cause malgré l’absence de recherche biologique.

 

La Cour déclare qu’il n’y a pas de disproportion entre le refus de reconnaître la filiation maternelle pour les enfants qui ont des certificats de nationalité française et sont traités comme les enfants du couple. L épouse pouvant les adopter.

 

1-3 :Arrêt 826 : GPA en Californie : Un enfant né par gestation pour autrui peut être adopté par l époux du père. Le consentement de la mère porteuse  à l’adoption est sincère :

« le recours à la gestation pour autrui à l’étranger ne fait pas, en lui-même, obstacle au prononcé de l’adoption, par l’époux du père, de l’enfant né de cette procréation, si les conditions légales de l’adoption sont réunies et si elle est conforme à l’intérêt de l’enfant, « 

1-4 : Arrêt 827 : GPA à Bombay  (Inde) : Annulation de lacte de naissance  dune petite fille dressé par le Consulat français au motif que les preuves médicales de la grossesse de la mère déclarée avaient été falsifiées. La décision est fondée sur larticle 48 du Code Civil et non sur larticle 47 du même Code (opposabilité dun acte détat civil étranger)

 2- CRITIQUE DE CES DECISIONS SUR LA FILIATION MATERNELLE

 

2-1 : L’acquis : La GPA pratiquée à l’étranger n’est pas contraire à l’ordre public international français et est opposable en France. L’adoption d’un enfant né par GPA est  possible même pour un couple

 

2-2 : Interprétation de l’article 47 du Code Civil contraire aux critères du droit international Privé : « locus regit actus »

 

En droit international privé, le critère sur la validité des actes faits à l’étranger est celui de la loi du pays où ils ont été établis.

La France reconnaît ainsi les mariages polygamiques célébrés à l’étranger qui sont faits selon la Loi du pays étranger qui les pratiquent et ses effets en France concernant la protection sociale des femmes mariées et de leurs enfants. ( 1re Civ., 3 janvier 1980, pourvoi no 78-13.762, Bull. 1980, I, no 4).

 

Ce principe est appliqué dans la  Circulaire Migrants du 4 juin 2009 :Reconnaissance des actes  d’état civil étrangers en France   (http://www.migrantsoutremer.org/).

 

 

 

 

La circulaire  du 1er avril 2003 de la Direction des affaires civiles et du sceau, publiée par le Bulletin Officiel du Ministère de la justice n°90 (1er avril-30 juin 2003) relative à la fraude en matière d’actes de l’état civil étrangers produits aux autorités françaises  (circ.2003-04-01 état- civil) précise : « La force probante d'un acte de l'état civil étranger doit être retenue dès lors que sa régularité formelle n'est pas contestée, sans qu'il y ait lieu d'exiger qu'il soit corroboré par des indices supplémentaires venant confirmer ses énonciations. 

 

Principes conformes à la notion traditionnelle de la France de l’ordre public international  comme étant est un ordre public réduit. (Voir Rapport Cour de Cassation 2013 : conception Française de l’Ordre Public International  Chapitre 2). :

« L’exception d’ordre public international relevée par le juge a pour fonction d’empêcher la perturbation que risque de produire l’application ou la reconnaissance de normes étrangères dont le contenu heurterait les conceptions dominantes de l’ordre juridique du for (B. Audit, avec le concours de L. d’Avout, Droit international

privé, Economica, 6e éd., 2010, no 317). L’exception suppose donc que soit enclenché le mécanisme du jeu de la règle de conflit et, dans une seconde étape, l’ordre public international constitue un mécanisme d’éviction de la loi étrangère normalement compétente lorsque les dispositions de celle-ci heurtent la conception française de l’ordre public international français. »

 

C’est pourquoi, en déclarant que la mère déclarée n’avait pas accouché et n’était pas la mère légale selon le droit français, la Cour de Cassation revient sur sa jurisprudence  du 3 juillet 2015 (Assemblée plénière) Arrêts MENNESSON et LABASSE en appliquant les critères de la loi interne française  reposant sur l’accouchement .

 La  filiation maternelle et paternelle repose  avant-tout  sur la déclaration  de reconnaissance faite soit à l’officier d’état-civil soit  devant notaire .

 

2-3 : Discrimination de la femme

 

Les féministes constateront le privilège de masculinité dans les motivations des Arrêts : aucune exigence de test biologique n’est demandé au père déclaré ; mais  la femme qui pourrait être la mère biologique est rejetée, traitée en tiers étranger pouvant  adopter si le père y consent.

 

La culpabilisation de la femme est une discrimination. Les temps bibliques de la femme stérile, coupable par ce seul fait sont  une étrange résonance dans ce débat sociétal.

 

3- LA COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME

 

3-1 : Les Arrêts du 5 juillet 2017 sont une réponse à la Cour Européenne des Droits de l’Homme .

 

 

 

Le revirement de jurisprudence de la Cour de Cassation  a été revendiqué par le Gouvernement Français devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’affaire FOULON et BOUVET  (Arrêts du 21 juillet 2016 définitifs le 21 octobre 2016) :

 

« 51. Le Gouvernement souligne ensuite que, si la Cour de cassation a en l’espèce refusé la transcription des actes de naissance au motif que la convention de gestation pour autrui était entachée d’une nullité d’ordre public, elle a, le 3 juillet 2015, opéré un revirement de jurisprudence : en présence d’un acte étranger établi régulièrement selon le droit local et permettant d’établir le lien de filiation avec le père biologique, plus aucun obstacle ne peut être opposé à la transcription de la filiation biologique. Il indique que, le 7 juillet 2015, la garde des Sceaux a adressée aux parquets concernés une dépêche indiquant qu’il convenait de procéder à la transcription des actes de naissance étrangers des enfants nés à l’étranger d’une gestation pour autrui, sous réserve de leur conformité à l’article 47 du code civil. »

Dans ces affaires, les  trois enfants, Emilie FOULON et les jumeaux  Adrien et Romain BOUVET  sont nés en Inde par gestation pour autrui. Le Ministère Public a refusé de transcrire leurs actes de naissance . La reconnaissance de paternité  en France de M. FOULON et celle de Monsieur BOUVET ont été  annulées pour fraude au motif de la naissance des enfants par gestation pour autrui.

 

La Cour Européenne des Droits de l’Homme n’a pas suivi les conclusions du Gouvernement français :La Cour a indiqué que la situation des enfants FOULON et BOUVET était la même que celle des enfants MENNESSON et LABASSE et a condamné la France  pour violation de la vie privée et familiale  (article 8 de la CEDH) à 5.000 € par enfant et 15.000 €  au titre des frais de justice aux requérants FOULON et BOUVET.

3-2 :  Arrêt LABORIE c/France : 19 janvier 2017

 

Saisie par Karine et Fabrice LABORIE contre un Arrêt de la Cour d’Appel de Rennes  du 8 janvier 2013 ayant rejeté leur demande de transcription des actes d’état civil de leurs jumeaux  nés en Ukraine, pour suspicion de naissance par gestation pour autrui,

la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné derechef la France pour les mêmes motifs, violation de la vie privée des enfants (article 8 de la CEDH)

Et condamné la France au paiement de la somme de 5.000 €  pour chaque enfant et 15.000 € au titre des frais de justice à payer dans un délai de trois mois, augmenté  à l’expiration de ce délai  des intérêts de la Banque  Centrale Européenne plus trois points.

 

La Cour a rejeté l’argumentation du Gouvernement selon laquelle il était désormais ouvert aux enfants d’engager une action en recherche de paternité .

La Cour « constate toutefois qu’à supposer cette circonstance avérée et pertinente- ce que conteste les requérants-le droit français a en tout état de cause fait obstacle durant presque quatre ans et huit mois à la reconnaissance juridique de ce lien de filiation ( les 3ème et 4ème requérants étant nés le 22 novembre 2010)..

 

 

 

3-3 :  FORCE OBLIGATOIRE DES ARRETS DE LA COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME :  Articles 1 et 46 de la CEDH

 note interne du Défenseur des Droits du 5 juin 2015 : Décision du Défenseur des droits n° MSP-MLD-MDE-2015-093 publiée

 

Le Défenseur des Droits a précisé :

 

Ces arrêts sont définitifs et ont force obligatoire. Dès lors, conformément à leurs engagements internationaux et, en particulier aux articles 1 et 46 de la Convention, les autorités nationales doivent s’y conformer, en prenant des mesures générales en vue de prévenir de nouvelles violations similaires à celles constatées. …

L’exécution des arrêts doit être pleine, effective et rapide et implique tous les acteurs concernés, y compris le pouvoir judiciaire. Ces exigences ont été rappelées lors de la Conférence de Bruxelles sur « la mise en œuvre de la Convention européenne des droits de l’homme, notre responsabilité partagée » en mars 2015.4 A cette occasion, le Président de la Cour de Strasbourg, Dean Spielmann, l’a souligné : « En amont comme en aval du mécanisme juridictionnel de Strasbourg, les États doivent faire en sorte que les problèmes soient résolus au niveau interne, plutôt que d’être portés devant la Cour ». Aujourd’hui, trois nouvelles requêtes similaires aux présentes espèces et aux affaires Mennesson et Labassee ont été portées devant la Cour de Strasbourg et communiquées au Gouvernement pour observations ; elles pourraient donner lieu à une nouvelle condamnation de la France. »

 

3-4 : NON DISCRIMINATION (ARTICLE 2)  ET  INTERET SUPERIEUR DE L’ENFANT : ARTICLE 3 - 1 DE LA CONVENTION INTERNATIONALE DES DROITS DE L’ENFANT

(CIDE)

 

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant  (CIDE) adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1989 e a été signée par la France le 26 janvier 1990.  Elle est entrée en application en France le 6 septembre 1990.

 

La Convention garantit à tout enfant la non discrimination en raison de sa naissance :

 

Article 2

1. Les Etats parties s’engagent à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente Convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, de leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune, de leur incapacité, de leur naissance ou de toute autre situation

 

 

Article 3-1 

  Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale

 

3-5: L’adoption par la mère , plus de dix ans après sa naissance, est contraire à l’intérêt de l’enfant , déclaré dès sa naissance comme étant l’enfant légitime du couple parental et traité comme tel.

 

 

Conclusion

 

La Cour de Cassation montre un défaut de compréhension des situations filiales et son ignorance du  traumatisme des enfants adoptés quand ils apprennent leur situation . Il vaut mieux leur éviter cette voie dont les difficultés sont la cause directe de la décision de la gestation pour autrui qui doit être considérée avec un autre regard : le désir d’enfant de couples stériles n’est pas un caprice : la gestation pour autrui  reste une voie pratiquée ailleurs. La mondialisation  est un fait. La France n’est pas le champion d’une morale familiale. Et surtout, le respect de la souveraineté des Etats, garantie de la reconnaissance à l’étranger des actes français doit être appliqué.

REVOIR SON OU SES ENFANTS DIX ANS APRES UNE RUPTURE :

 

 

L’IMPORTANCE DE LA MEDIATION FAMILIALE

 

Les écueils à éviter, Le processus conseillé

 

 

 

I-              LA SITUATION : DEMANDE A UN MEDIATEUR DE REPRENDRE CONTACT APRES UNE SEPARATION DE DIX ANS ET PLUS

 

 

Venant  de recevoir la  demande d’un père de revoir ses deux enfants après une séparation de vie de plus de dix ans-le père était parti à l’étranger dans les Dom-Tom et venait de rentrer dans la métropole, et devant cette situation – différente des problèmes de séparation classiques à  traiter au moment de la rupture je crois nécessaire de récapituler à partir des médiations  que j’ai traitées, ce qui a  réussi et ce qui a échoué et d’ analyser les raisons de ces échecs, afin de retenir celles qui ont  été positives  et de définir  une méthodologie  pour ce genre de  médiations.

 

Les séparations de longue durée  entre un parent et son ou ses enfants ne sont pas rares.

 

Les circonstances de la naissance, particulières, sont  souvent la raison de l’inexistence de la relation paternelle. Personnellement, je n’ai connu en médiation  que des séparations initiées par le père, la mère laissée, abandonnée,  étant  souvent enceinte.

 

Il y a  aussi des naissances « imposées » par la mère, le père « piégé » s’étant éloigné et la mère n’ayant pas cherché volontairement le géniteur. Enfant déclaré au seul nom de la mère.

 

Et il y a aussi des ruptures dues au divorce où la mère s’est éloignée du père intentionnellement, créant un syndrome d’aliénation parentale à son encontre, et privant le père de relation avec ses enfants , convaincus de la faute du père et le rejetant avec violence.

Situation pouvant perdurer jusqu’à la majorité de l’enfant et au-delà.

Les tentatives de rapprochement sont  très difficiles.

 

Mais, qui sinon le médiateur, a le courage de rechercher le fil de la parentalité, enfoui au fond de sombres sédiments du passé ?

Si la tâche est ardue, elle n’en est que plus belle.

 

Cette  recherche se prend différemment selon que l’enfant est encore mineur, en général un adolescent de  12 ans ou plus. (II). Et  quand il est un adulte, ayant parfois formé une famille (III).

  

 

II-            REPRENDRE CONTACT  AU BOUT DE DIX ANS D’ABSENCE QUAND L’ENFANT EST ENCORE MINEUR

  

1°) La situation d’abandon par le père 

 

Comme rappelé supra, les demandes de pères partis avant la naissance du bébé sont relativement courantes.

 

Le médiateur doit procéder avec circonspection en interrogeant le père, ses motivations, pourquoi avoir fui, pourquoi vouloir reprendre contact, pourquoi ce besoin de paternité ?

Et lui faire comprendre que la preuve d’un investissement paternel passe par une contribution financière, première marque de reconnaissance du père et de la mère.

 

Les situations sont  plurielles : la relation adultère est souvent la cause, situation où le géniteur a refusé de prendre ses responsabilités. Mais la fuite peut être aussi personnelle, due à un refus de paternité, un sentiment de trahison à l’encontre de la mère qui lui a fait un enfant « dans le dos ».

 

Le sexe de l’enfant peut être une raison d’éloignement. Un géniteur de nationalité turque, ayant deux garçons de son épouse légitime et qui renie t jusqu’à l’effacer de sa vie, la petite fille née de sa concubine.

 

La couleur des yeux du bébé : le bébé n’a pas les yeux bleus du père.

 

Dans cette situation d’abandon, il faut présumer l’importance du traumatisme subi par l’enfant et la mère.

 

Il appartient au médiateur, une fois vérifié l’intention sincère du père et avoir obtenu de lui, un projet de paternité solide  sur une longue période, présent et à venir, de contacter la mère tout d’abord.

 

Il lui expliquera le retour du père repentant et son désir de devenir un vrai père, de créer une relation forte avec l’enfant et de l’intégrer  dans la famille créée par lui.

Le médiateur s’attend à être mal reçu. Revivre le passé douloureux pour une mère laissée  seule  vivre sa grossesse et son accouchement, sans aucun soutien financier représente une épreuve pour la mère et aussi pour le médiateur qui reçoit les reproches et invectives à la place du père.

Mais, c’est cela la médiation : faire parler, entendre, écouter, montrer que l’on compatit…mais qu’il faut dépasser ce stade, aller de l’avant dans l’intérêt de l’enfant qui aura un père et de la mère qui aura un soutien financier.

 

Si la médiation se poursuit par une deuxième séance avec la mère, la situation s’améliore.

 

Il faut deux, trois séances ou plu quelquefois pour que la mère ait évacué – pour combien de temps ???- son ressentiment.

 

Le père est tenu informé.

 

Le médiateur organise une ou deux séances avec les parents pour qu’ils s’expliquent. Des séances souvent difficiles pour les participants.

Le médiateur ramène à la raison les antagonistes. Ils sont là pour l’enfant, non pour faire leurs comptes.

En général, les parents se calment et après avoir actualisé leur situation, conviennent de faire venir l’enfant.

 

Le médiateur prend soin d’obtenir l’accord de la mère pour entendre l’enfant avec la mère. L’audition avec l’enfant tout seul est trop incertaine. Il faut du temps au temps.

L’enfant est déjà grand, mûr, une maturité meurtrie, un « écorché vif » sur la question de son père. Parfois  brutal.

 

Le médiateur doit être patient, comprendre, se mettre à la place de cet enfant qui a entendu sa mère se plaindre et qui n’est donc pas prêt à voir son père.

Avec le concours de la mère, l’accord de l’enfant peut être obtenu : Le voir, rien qu’une fois pour commencer, ensuite tu verras.

 

Les réunions avec l’enfant sont tendues. Le médiateur doit créer du lien.

La difficulté réside dans le désir de l’enfant d’entendre le père faire acte de contrition, de regret de n’avoir pas été présent.

 

Mais,  l’intention du père est  de ne pas en parler. Il n’a pas à se justifier devant un enfant, son enfant. Déjà la mère, c’est pénible. Y ajouter l’enfant, c’est un rabaissement intolérable .

 Le médiateur doit avoir pris soin de lui  faire la leçon : Sans s’excuser, le père peut regretter les circonstances passées, l’homme qu’il était alors, celui qu’il est à présent.

 

Bien sur, ne pas se décharger sur la mère.

Et s’intéresser à l’enfant, comment vit-il, ce qu’il veut faire… Et l’encourager ou l’aider dans son orientation scolaire notamment.

 

Lui dire qu’il aimerait le voir mais qu’il ne le forcera pas. Qu’il saura attendre. Lui dire que l’enfant est dans son cœur et qu’il l’aime même si cela lui paraît difficile à croire.

 

L’enfant ne peut pas être insensible à de si belles déclarations. Ni la mère.

 

La relation peut reprendre. Tout a été dit simplement  sans punition, sans honte.

Seul l’avenir compte.

 

Un accord peut se faire.

 

2°) Les échecs

 

Les échecs dans ce type de séparation tiennent à la non réalisation d’une approche progressive et à l’attitude du père ou de la mère.

Campés dans leur amertume, leur colère, ils n’avancent pas, ils ne s’expliquent pas. L’enfant doit accepter la nouvelle situation ainsi que la mère.

La mère refuse farouchement toute entrevue ainsi que l’enfant.

Le père refuse de s’auto flageller.

Sans pardon (par don) la situation est bloquée.

 

Plus la situation est figée, plus il faut décortiquer le travail de reconstruction, pouce par pouce. Avec de la patience, la colère peut laisser la place à une ouverture vers la pacification. Il faut le faire comprendre au père.

 

 

 

III - REPRENDRE CONTACT  APRES DIX ANS D’ABSENCE ET PLUS QUAND L’ENFANT EST UN ADULTE 

 

a) Les situations qui ont séparé les parents

 

Le père a été piégé au moment de la séparation. La mère est partie pour diverses raisons : elle a trouvé quelqu’un- le plus courant- le couple ne s’entend plus.

Les enfants mineurs vont partir avec elle.

Le syndrome d’aliénation parentale  (SAP) peut s’instaurer  de la part de la mère qui pour se déculpabiliser, va  charger le  père de toutes les fautes.

Une fois implanté, le syndrome d’aliénation parentale est très difficile à supprimer. Toutes les tentatives du père seront vouées à l’échec. Souvent découragé, le père a abandonné.

 

Il a laissé du temps au temps. A refait sa vie. Pour des raisons inhérentes à sa situation personnelle- nouvelle séparation, changement de vie, retour au pays, maladie grave- le père veut renouer avec l’enfant  ou les enfants qui l’avaient rejeté.

 

Une médiation s’impose.

 

La  priorité est de faire accepter la médiation et le médiateur va s’efforcer de montrer l’importance d’une réconciliation familiale  tant pour le jeune adulte que pour ses enfants s’il en a.

 

Et de présenter le père comme une victime d’une séparation éprouvante. Ce qui est vrai en général. Travail à faire sur l’enfant devenu adulte souvent laborieux. Car  c’est lui qui estimera être la victime de la séparation. Le travail du médiateur sera de lui faire voir de l’autre côté comment le père a vécu la rupture. Regard sur l’autre et non plus sur soi.

 

Si ce stade de compréhension est atteint, la réunion entre les protagonistes est possible, pas avant.

 

La médiation avec le père et le fils ou la fille est un choc après tant d’années. Il faut marcher « sur des œufs » et le médiateur aura la prudence d’avoir un rôle principal au cours des premières séances car la relation est fragile.

 

Le temps n’efface pas toutes les plaies.

 

Mais, les retrouvailles sont sources d’émotions fortes et une relation grand-parentale peut se créer.

Le père n’aura pas vu son fils ou sa fille grandir mais il pourra être un grand-père modèle.

 

b) Les échecs

 

Si le fils ou la fille refuse de reconsidérer la situation, reste figé dans son passé douloureux, il n’y aura pas de lien renoué.

D’autres situations sont décevantes : Une conversation, fausse et une promesse de se voir, mais … aucune joie dans les retrouvailles.

Voyant cela, le père sera dépité et triste. Mais, il devait s’y attendre.

Le traumatisme est difficile à surmonter. Cela étant, revoir son enfant vaut la peine d’essayer et de ne pas renoncer.

 

CONCLUSION

 

La médiation permet de reconstruire sur toutes les séparations  et cela vaut la peine.

 

Francine SUMMA

Médiatrice familiale

Le 2 mai 2016

La médiation pour vivre ensemble 

 L’Harmattan